Rechercher
  • LIVRES ON PARTAGE

"La Nuit des temps" par Erick Espel


La Nuit des temps - BARJAVEL - 1968

J'ai 15 ans et j'ai un a priori sur les livres et les romans que l'on nous force à lire au lycée. Et puis, à cette époque, je n'aime pas lire. Alors, lorsque la prof de français nous demande de lire « La nuit des temps » de Barjavel... c'est un grand blanc qui m'envahit, une sorte de vertige fruit de l'idée toute faite sur ce livre et la certitude de m'ennuyer fermement.

J'en parle à ma mère : « Il faut m'acheter un livre pour le lycée que je dois lire. »

A ma mine déconfite, elle comprend que je n'en ai pas envie de cette lecture forcée. Alors, sûre d'elle, elle me parle d'un livre du même auteur qu'elle a lu peu de temps auparavant « La charrette bleue ». En effet, je l'ai vu ce livre traîné sur la table du salon. J'ai regardé la couverture et je me suis dit qu'il devait être ennuyeux ce bouquin. Mais voilà ! Je ne peux échapper à ma lecture scolaire. Et à cette époque, pas d'internet pour faire semblant d'avoir fait ce devoir là ! Donc, je dois lire « la Nuit des Temps ».


Un soir, à mon retour du lycée, je découvre le fameux livre sur mon lit. La couverture du livre m'interpelle. Une sorte de lune rouge sang sur un fond noir se dégage au-dessus d'une montagne enneigée couleur de cendre. Étrange mélange qui me rend perplexe et un rien étonné. Je soupèse le livre, et je me dis qu'il y a décidément trop de pages. Je le repose sur mon lit et je vais manger. Le soir, après les obligations de lavage des dents, je me couche peu avant 21h, et prend le livre en main. Sans enthousiasme et très résigné par le devoir. Je lis. Je commence à déchiffrer les premières lignes, puis les premières pages, et enfin le premier chapitre. Et ainsi de suite. Je découvre cette histoire qui m'accapare sans que je le réalise. Il est 2h du matin lorsque ma mère vient voir pourquoi il y a encore de la lumière dans ma chambre. Et elle réalise que je suis plongé dans ce bouquin qui me prend les tripes et l'esprit, qui me retourne le cerveau, et qui change mon regard sur le livre. J'éteins ma lampe de chevet sur l'ordre de ma mère, mais je ne peux dormir de suite tant cette histoire m'a captivée.


En soit, l'histoire est simple. Il s'agit d'une histoire d'amour. Aujourd'hui, je sais que la littérature regorge de ces histoires. Certaines sont célèbres telles « Roméo et Juliette », « Tristan et Iseult ». Mais ce livre contient pour moi autres choses de plus mystérieux. Le style ? La complexité de l’intrigue ? Tout cela ne le touche pas à l'époque. C'est plutôt l'ambiance et le contexte. Et le côté « science-fiction » du roman. Et oui ! Je suis un enfant de « Star Wars », de « Galactica », de « Buck Rogers », … et tout ce qui touche de prêt ou de loin la science-fiction m’interpelle.


Mais, de quoi parle-t-on en fait ? De quoi s'agit-il ? Que raconte ce roman ? Je vais vous dire. Je vais vous résumer l'histoire.

En plein Antarctique, une mission scientifique française (cocorico) capte un signal inattendu qui provient des profondeurs glacées. Il s'agit d'un émetteur placé là 900 000 ans auparavant (ça, on l'apprend en cours de route, même si ce temps long peu aujourd’hui nous surprendre). Plusieurs nations s'unissent dans des rudes conditions polaires, et entreprennent alors des fouilles passionnées. Une sphère est mise au jour dans laquelle deux individus reposent en hibernation : un homme et une femme, tous deux masqués. La femme, réanimée en premier, se nomme Eléa. Elle est d'une beauté exceptionnelle. Un ingénieux système - « la Traductrice » - lui permet d'expliquer la guerre totale qui a conduit un savant de son époque, Coban, à l'enfermer avec lui dans cet abri. Mais la jeune femme explique qu'elle aurait préféré mourir aux côtés de celui qu'elle aime d'un amour sans nom : Païkan. En apprenant qu'elle a dormi 900 000 ans (le record de la Belle-aux-Bois-Dormant est battu), elle a un gros coup de déprime. Toutefois la présence et l'attention d'un médecin de l'équipe de réanimation, le Docteur Simon, la rassure. Elle accepte d'aider les chercheurs à réanimer Coban qui est toujours masqué. Celui-ci est détenteur de connaissances dont les applications sans limites intéressent les scientifiques mais excitent les convoitises des dirigeants de grandes puissances sans scrupules. La réanimation de Coban s'avère plus compliquée que celle d'Eléa car il est gravement blessé. Sollicitée, celle-ci accepte de donner son sang, dans le dessein secret de tuer Coban en s'empoisonnant elle-même. L'opération est supervisée par le docteur Simon. Celui-ci, à l'aide d'équipements sophistiqués de l'époque d'Eléa, observe les rêves de Coban pendant qu'il revient à la vie. C'est ainsi qu'il comprend - à mesure qu'aparaissent en rêve les derniers instants de la vie de Coban - qu'il s'agit en fait de Païkan ! En effet, alors qu'Eléa était déjà en hibernation dans l'abri, Païkan s'est querellé avec Coban et y a pris sa place au tout dernier moment. Alors qu'il enlève le masque de Païkan pour en avertir Eléa, il s'aperçoit que celle-ci agonise, tuant ainsi par son sang empoisonné celui de qui elle fut séparée et que le destin avait gardé constamment à ses côtés sans qu'elle le sache. Simon ne dit mot pour éviter d'asséner la triste vérité à la femme condamnée, meurtrière involontaire de son grand amour. A l'extérieur, un scientifique, traduisant la langue de cette civilisation passée pour essayer de conserver ces découvertes à des fins personnelles, détruit les documents. Il échouera à en retrouver des copies. Il ne reste des deux amants venus de La nuit des temps et qui l'ont traversée côte à côte, nous apportant de fabuleuses nouvelles technologies. Mais aussi et surtout l'amer regret de la race humaine qui n'a rien appris ni retenu depuis la civilisation d'Eléa et Païkan alors qu'elle en descend sans l'avoir su à la suite d'une guerre nucléaire.

Voilà l'histoire vite résumé.


Pour moi, cette histoire faisait écho à des mythes tels que l'Atlantide ou Mû et sa fabuleuse civilisation. Cela fait également référence à l'amour de Cléopâtre qui se suicide pensant que son amour, Marc-Antoine, est mort de la main des hommes d'Octave. Il y a de la mythologie et de la grand Histoire dans ce livre. Et l’adolescent que je suis, un peu rêveur, aimant l'Histoire de l'humanité et les mythes, s'y retrouve totalement.

J'ai fini ce livre le lendemain soir, du moins dans la nuit. Et c'est ce livre qui m'a donné l'envie de lire d'autres livres. De découvrir d'autres histoires extraordinaires, de visiter des univers fabuleux, de rencontrer des personnages incroyables, de m'enrichir l'âme, l'esprit et mes rêves. De m'élever un peu pour voir plus loin. De voyager et de rencontrer le monde pour le comprendre, pour me comprendre.

Bien sûr, il n'y pas d'obligation à débuter par un livre racontant une histoire d'amour pour apprendre à aimer les livres. Ce qui est important, c'est d'aimer ce que l'on lit et d'aimer le faire partager aux autres.

J'ai donc voulu commencer par ce qui pour moi a été un déclic, pour que vous trouviez, ou que vous retrouviez, le vôtre. Un livre, c'est une rencontre. C'est un monde à explorer. C'est un rêve éveillé. C'est des pages de papier que l'on touche avec délicatesse afin de ne pas bousculer les mots qui y sont écrits, pour simplement les accueillir et s’imprégner des sons qu'ils génèrent dans nôtre tête. Alors, bonne lecture à vous. Moi, je vais retourner dans une librairie pour m'acheter un exemplaire de « La Nuit de Temps » afin de le lire à nouveau. Et je suis heureux que ce livre, qui devait être un film, reste riche de l'absence d'images. Ou plutôt, que les images que je me suis forgées restent plus belles qu'une pâle copie cinématographique. Car là aussi réside la beauté et la force d'un livre que jamais aucune image filmée ne pourra rendre.



"Historien de formation, je suis un amoureux des mots et de leurs sonorités, des émotions qu’ils diffusent et des sensations qu’ils procurent. Chaque lecture est pour moi une aventure, une découverte et une rencontre. Les livres permettent le voyage intérieur et la transmission. Ils parlent des autres, de nous, de notre humanité dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Ils invitent au partage.

Et c’est cette notion de partage que je veux faire avec vous."

Pour découvrir ses textes, rendez-vous sur sa page Ch Forestier !

0 vue
  • Gris LinkedIn Icône
  • Facebook
  • YouTube

LIVRES ON PARTAGE - Association Loi 19001

livres.onpartage@gmail.com